octobre 3rd, 2010
Tysmé – Zayanntifik – L’interview pour Weabstract !!!

@ Lwizin Studio, Pointe-à-Pitre, Guadeloupe, F.W.I., 2007

Tysmé - Kako Exxperience @ Lartchipel, Basse-Terre, Guadeloupe F.W.I, 2009

Tysmé - Representin' Guadeloupe freestylers @ last J Dilla's concert, Nouveau Casino, Paris, France, 2005 - Photo by Franck Melon

Tysmé - Lyrics @ AfroExentrik With Maqflah & Edson X, Pointe-à-Pitre, Guadeloupe F.W.I, 2008
Tysmé : Ca commence entre 93 et 94, j’ai fait mes premiers balbutiements en classe de 4e, mais plus sérieusement à partir de la seconde, entre 93 et 94 justement. J’ai fait partie de beaucoup de crew, la liste est longue car avant d’être rappeur, j’étais dans la danse et le tag (cf refrain de “An ka Soti An sa”), plus dans le tag que le graffiti. J’étais plus un “remplisseur – finisseur” pour mon pote graffeur Xela avec qui j’ai commencé et fondé le groupe 2KA (2 Kids addicted) mais avant 2KA il y a eu KUF (Kriminal Ultra Force), CIA 68, AEM (Artistes en mouvement) avec Warner, MES aussi avec Pwoz (mais je ne sais même plus ce que ça veut dire lol). Vers 1995, ça a été au tour du KC (Karukéra Crew), Star Jee était mon voisin, il m’a drafté suite à quelques freestyle dans le quartier.
Weabstract : En Hip-Hop, Locales, Françaises et Internationales quelles sont tes influences?
Tysmé : En local comme influences : Lé Nèg (Ki Pa Ka Fè La Fèt), PATRICK ST ELOI (Paix à son âme) françaises: NTM (3 1er albums), Sages Po, IAM, La Cliqua, IMS, MC JeanGab’1, La Rumeur, et pas mal d’autre et pas que des anciens. Internationales: Fela Kuti, ATCQ, The Pharcyde, Hieroglyphics, Souls of Mischief, Jay Dee & Slum V, Black Milk, Common, Erykah Badu, Declaime/Dudley Perkins, Talib Kweli, Mos Def, Dead Prez, t’as vu j’ai des atomes crochus avec Dave Chappelle, Jill Scott aussi, Buckshot & Boot Camp Click, Little Brother, Method Man et Le Wu bien-sûr a une certaine époque, Redman, Bahamadia, Pep Love, Planet Asia, Jeru the Damaja, Artifacts, Self Scientific, Erick Sermon, The Dwellas, Pete Rock, Cl Smooth, Nas, Rakim, Madlib, Dwele, Public Enemy, Mood, Sizzla, Bob Marley, bref ay gadé si myspace la lol (en français “bref tu verras tout sur le myspace lol”)
Weabstract : J’ai entendu dire que tu travailles depuis 96 sur “Zayanntifik”, ton premier Album solo récemment sorti, entre temps que s’est-il passé?
Tysmé : Entre temps il y a eu quelques apparitions sur différents projets: la mixtape de Hip Hop Kréyòl de DJ Phonie et le maxi du Karukera Crew en 2000, L’album “Wòch Goumé a Vyé Nèg” de Star Jee & Exxòs en 2002, L’intro de l’album de Dominik Coco “Lèspri Kaskòd” en 2008. Néanmoins dire que je travaille depuis 96 sur “Zayanntifik” est une réponse que j’aime bien donner car mon écriture a évolué pendant ces années. En travaillant mon flow et mon écriture, j’ai indirectement travaillé sur mon album et c’est de fait l’aboutissement de ces années de travail. Si j’ajoute le vécu, ça vient renforcer le lien entre mes débuts et le fruit que je propose aujourd’hui. Après techniquement les voix ont été posées entre 2005 et 2008, des voix “d’ambiance” ont été posées en 2009. Le délai de 5 ans entre le début et la sortie du projet est à rattacher aux aléas financiers, techniques, professionnels, organisationnels, personnels, sociaux etc… En février 2009 pendant le mouvement social je travaillais sur les interludes, un an après, en février 2010, Exxòs posait les scratchs sur le morceau “Le Jour Du Soleil”.
Weabstract : Certains morceaux sont écrits en Créole et d’autres en Français, est-ce un choix ou t’est-ce venu naturellement?
Tysmé : Les deux à vrai dire.
Weabstract : pourquoi ce choix? Tu ne crains pas une sorte de boycott de la part du public non créolophone? Ou penses-tu que c’est à lui de s’ouvrir à d’autres langues tel que le créole?
Tysmé : Les morceaux de la première partie de l’album (l’aile Grande Terre avant le pont de Lalyans) sont en Kréyòl car le message est principalement adressé aux Guadeloupéens, Martiniquais et autres créolophones (ndlr : référence à l’économie, notre rapport avec notre pays, l’environnement et l’histoire) La deuxième partie (aile Basse Terre) laisse plus de place au Français vu que les thèmes abordés sont moins “antillo-centrés” lol. Le Kréyòl c’est la puissance de l’image, le français lui, permet de nuancer grâce à son large vocabulaire. Après une quinzaine d’année, on se pose bien sûr la question du choix de la langue face au public, mais on se pose aussi la question de la musique et de la musicalité, ayant écouté des morceaux en Anglais pendant des années sans en comprendre un mot, je ne pense pas que le créole soit une limite si les musiques sont de qualité, après si les non créolophones s’intéressent à la langue comme je me suis intéressé à l’Anglais, à un moment donné c’est du bonus.
Weabstract : Il n’y a pas les lyrics dans ton album…
Tysmé : je vais les “dealer” progressivement.
Weabstract : Tu as TOUT prévu!!!
Tysmé : il faut du happening quand on est pas en major sinon on t’oublie très vite… très, très, très, très, très, vite lol… Avec le CD il y a les crédits, un bonus track et l’odeur du neuf.
Weabstract : Que penses-tu du mouvement Hip-Hop Kréyòl actuellement? De la direction que l’on prend? Penses tu qu’on prend les bonnes décisions et directions artistiques? il n’est pas question ici de créer des animosités mais de parler franchement en tant qu’ambassadeur parmi nous tous du Hip-Hop Kréyòl.
Tysmé : A vrai dire je ne sais même pas si on peut parler de mouvement… En Guadeloupe, il n’y a pas d’évènements réguliers, chacun travaille dans son coin. On a des braises à droite à gauche, des flammes aussi, je pense à Edson X ou encore à Kiddywhizz, mais on est bien loin de l’époque dite de Tanbou (ndlr Radyo Tanbou est une radio qui pendant les années 90 et début 2000 a laissé une Large place au Hip-Hop Underground en Guadeloupe). Je ne sais pas comment ça se passe en France continentale, en tous cas sans scènes permanentes et sorties discographiques régulières, on s’éloigne de l’idée de mouvement même si chacun taffe dans son coin… On peut peut-être dire qu’il y a “des mouvements”! Espérons que les choses se pérennisent, avec la régularité, ça pourra prendre de l’ampleur et créer une émulation. Sans vouloir finir “Gédéonnifié” (ndlr :néologisme dû à une critique d’une vidéo facebook qui n’aurait JAMAIS dû être faite et qui a mené à un lynchage numérique) je pense que le problème est plus financier et lié a un déficit de communication adapté, qu’à une question de talent, le talent est là. L’album des Nèg ki pa ka fè la fèt ”Made In Nina” est l’un des meilleurs albums de rap français de tous les temps et il a 10 ans déjà. J’ai bien dit français ! Jai un ami qui ne parle pas un mot de Créole et qui fait partie de ceux qui le classe à ce niveau de qualité.
Weabstract : penses-tu que la direction Crunk pour notre Hip-Hop?
Tysmé : Le Hip Hop est un arbre qui a fait plusieurs branches, on est chacun perchés et on se fait dédé sans plus.
Weabstract : “dédé”?
Tysmé : coucou si tu préfères. Aller contre cette évolution naturelle de la musique serait renier celle qui a conduit au hip hop lui même. Apres il est clair qu’en terme de musique on a perdu en richesse, avec la disparition progressive du sampling et en message avec l’allègement progressif du contenu et même une certaine baisse d’exigence en matière de flow. Après il y a toujours eu plusieurs Hip-Hop, à l’époque de NWA, y’avait Digable Planet, ATCQ, on avait le choix. Aujourd’hui on a l’impression que ce n’est plus le cas. Cependant concrètement on peut passer des messages en crunk, il n’y a qu’à voir Edson X ou d’autres comme Mali. Après on aime ou on n’aime pas les vibrations de cette musique.
Weabstract : tout à fait d’accord, comme Dead prez avec le titre “Hip-Hop”
Tysmé : si si, ou sav. (en français « toi-même tu sais »)
Weabstract : En somme tu penses qu’un message peut passer quelque soit la direction artistique prise, tu privilégies le fond… qu’en est-il de la forme?
Tysmé : J’accorde de l’importance aux deux dans ce que je fais après je fonctionne à la vibe. Je ne peux pas dire aujourd’hui que je ne vais jamais trouver un instru crunk qui me le donne mais je dois avouer que ce n’est pas ma sensibilité du moment. En plus les plus jeunes feront ça mieux que moi vu qu’ils ont baigné dedans, aujourd’hui je suis plus dans l’idée de créer notre couleur, comme j’ai essayé de le faire en travaillant avec Exxòs sur les instrus de « Léwobiné » et de « Ra ».
Weabstract : En parlant de prod comment s’est passée la recherche des instrus? les beatmakers sont-ils venus à toi ou es-tu allé les chercher?
Tysmé : Je suis allé les chercher
Weabstract : as-tu un coup de coeur particulier? (t’es pas obligé de répondre lol)
Tysmé : Makak pa jen ka twouvé pitit a-y lèd (un macaque ne trouvera jamais ses propres enfants laids) donc je t’aurais dit les 2 précités déjà ! Sé Pou YO et An Ka Sòti An sa de Phonie, Le Jour Du Soleil de pURpRo et Sonjé Yo de Pako… bref… quasiment tout lol! Les prod de Phonie c’est lors d’un déplacement en France que je les ai entendus pour la première fois. Je suis allé à la rencontre de Pako quand je suis retourné vivre en Guadeloupe, suite à recommandation de mon pote Simbad vivant en région parisienne. De fil en aiguille j’ai fait la connaissance de pURpRo via myspace, (c’est un bon pote de Pako). Entre temps j’ai écrit d’autres morceaux, j’ai rencontré Jamal Finess qui ma proposé une collaboration. Nous avons créé le duo « iShango Sound » et travaillons sur un projet qui devrait porter le titre « L’Effet iShango ». Pour les beats d’Exxòs non composés avec lui, ils faisaient partie des centaines d’instru non exploitées qu’il a en stock (Fwèsh, Si A Pa Nou Menm, L’Origine Du Monde).
Weabstract : Dans quel contexte as-tu écrit “An ka soti an sa” ?
Tysmé : « An Ka Sòti An Sa » a vraiment été écrit au 1er degré a la base. Je suis par la suite revenu quelque peu sur cette idée, bien que la sortie d’un album demande un investissement non négligeable en temps et en énergie, surtout en Guadeloupe où il y a peu de professionnalisation dans le domaine. Je l’ai gardé en conclusion, c’était vraiment l’idée d’un premier et dernier album à la fois et pour l’instant, à part d’éventuels projets EP, je ne me vois reprendre mon bâton de pèlerin. Trop long, trop prenant.
Weabstract : des projets de mix-tapes, web-tape, pour le futur donc?
Tysmé : plus des EP concept, je pense qu’on doit valoriser ce que l’on fait, les webtapes mixtapes c’est bien mais on peut faire mieux. Les Américains nous sortent des albums d’instrus non masterisées en CD, et vont écrire “coming raw from da MPC”. Nou pa pli kouyon ki yo (en français : il ne faut pas nous prendre pour des imbéciles). J’aime bien le concept a la Jesse Boykins III. Je crois qu’il a pressé quelque CD mais son album est essentiellement un album dématérialisé. On peut le faire aussi. Pou fotograf é designer nou ni ! (en français: considérant tous les photographes et designers que nous avons !)
Weabstract : comment à été accueilli ton album par la presse et le commerce, où peut-on se le procurer, l’écouter?
Tysmé : Pour l’instant la sortie est “confidentielle”, il n’y a donc pas d’accueil de la presse ni d’accueil des commerces. L’album est disponible en magasin uniquement depuis le mercredi 18 août 2010, dans un magasin de vêtements et accessoires spécialisé dans la distribution de créations caribéennes (boutique kOd, 41 rue Achille-René Boisneuf à PàP), dans le magasin Negus à Basse-Terre, au Roots Kafé au Raizet. Il est en vente par correspondance sur gwadayouth.com en écoute téléchargeable sur Bandcamp. En écoute sur Deezer et Spotify, et téléchargeable sur iTunes et autres plateformes de téléchargement légal. Concernant l’accueil des medias, ceux à qui j’ai envoyé le lien au niveau local n’ont pas encore eu le temps d’écouter l’album…et je n’ai pas encore pris le temps de les contacter pour leur donner un CD et organiser une interview… that’s the way it is!!! Par contre Tropiques FM a apprécié Fwèsh et l’a inclut à sa playlist.
Weabstract :Un message pour les lecteurs de Weabstract?
Tysmé : aux lecteurs de Weabstract: continuons à cultiver l’originalité, spécialisons nous pour que chacun puisse faire à l’ensemble profiter des compétences acquises, que ce soit du point de vue technique, artistique, financier, ou encore de la communication, nou bizwen tou sa (on a besoin de ça) !!! Le Créole, qu’il soit de Guadeloupe, de Martinique ou d’Haïti a toute sa place dans le monde. Il est un héritage/témoignage. Et je ne crois pas me tromper de beaucoup en disant que le Français est un Créole du Latin… Lapé & Lanmou (Peace & Love)


En fouillant bien on peut trouver des perles… des raretés… des sons qui sont passés inaperçus pour certains… qui ont marqué la mémoire d’autres…








